Un voyage à travers les Ages
D'un aveugle à l'autre
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Les Bergeries mythologiques laissèrent la place à la Bergerie du Petit Trianon où Marie Antoinette élevait ses moutons. Mais la chanson lui avait bien dit :  
 "Il pleut, il pleut bergère, 
 Rentre tes blancs moutons" 
Les nuages de 1789 s'amoncelaient au-dessus de la tête des bergers enperruqués. 
A la révolution, les insurgés pénétrèrent dans les châteaux et les hôtels particuliers. Ils y trouvèrent ces vielles précieuses et se les approprièrent. Un de ces révolutionnaires, joueur de vielle connut par la suite une brillante mais courte carrière. Conventionnel français chargé de mission en Bretagne, Jean-Baptiste Carrier mit au point un ingénieux système pour éliminer les opposants au nouveau régime. Une barque à fond coulissant chargée de condamnés était halée au milieu de la Loire. Au plus profond du lit du fleuve, on ouvrait la trappe et la barque coulait. Tel Néron regardant flamber Rome en jouant de la lyre, Carrier contemplait le spectacle de sa fenêtre en jouant de la vielle. 
 
 
(musique bientôt disponible)
 
 
 
Dès les premières années du XIXème siècle, la vielle, abandonnée des classes nobles, se réfugia chez les paysans. Tout doucement, au cours de ce siècle, elle remplaça la cornemuse qui présidait jusqu'alors aux assemblées villageoises. Castes paysannes avec ses lois et ses usages, les ménétriers n'accueillaient en leur sein que des postulants dûment parrainés et reconnus. Les épreuves parfois cruelles qu'ils devaient subir furent décrites par Georges Sand dans son roman : Les Maîtres Sonneurs.  
Jaloux de leurs rivaux, orgueilleux jusqu'au crime, ces musiciens connaissaient parfois, tel le héros berrichon du roman, une fin tragique, ici, dans le Morvan où, précise Georges Sand, "les musiciens sont encore plus jaloux que ceux du Berry, non pas tant pour leurs intérêts que pour leur Amour propre".   
 
(musique bientôt disonible) En illustration, voici une bourrée du Berry (bourrée à deux temps). 
 
La vielle ne fut pourtant pas jouée uniquement dans les campagnes au XIXème siècle. En 1900, voici ce qu'écrivait un chroniqueur musical : 
"Nous avons eu pour dernier joueur de vielle un grand gaillard bien connu des Parisiens. Barbu, coiffé d'un chapeau mou, il circulait dans les rues avant 1870. C'était un artiste. Il avait le coup d'archet du violon. Il avait un répertoire et possédait si bien son instrument que dans les diminueni, il lançait la manivelle, la reprenait à temps à la volée pour renfler. Il dédaignait faire la quête et comptait sur l'enthousiasme des auditeurs." 
Qu'est-il deveniu? Depuis 1870, on n'a plus revu l'homme à la vielle. La légende raconte que pendant la Commune de Paris, il courut aux barricades et fut fusillé. C'était le dernier troubadour, avec lui, la vielle a peut-être disparu à tout jamais..." 
Comme quoi on peut se tromper... 
 
Retournons au baroque avec O Nuit de Rameau.
 
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